Non à l’exclusion des médecines complémentaires: le cri d’alarme des patients. Par Georges Yoram Federmann.

Confrontés aux effets secondaires des traitements conventionnels, à l’absence de propositions thérapeutiques efficaces dans de nombreuses maladies chroniques,partout en Europe,nous sommes de plus en plus nombreux à nous tourner vers les médecines complémentaires. Les plus répandues en France sont l’homéopathie, l’acupuncture, la phytothérapie, les médecines manuelles, ou encore la médecine anthroposophique. Les médecines complémentaires ont la confiance des Français, et malgré cela, elles génèrent une opposition et des attaques de plus en plus virulentes de la part de certaines institutions et de certains médias. A contre-courant du développement que connaissent ces médecines en Europe, nous assistons par exemple depuis le 1er janvier 2020 au déremboursement progressif de l’homéopathie dans notre pays, et ce, alors même qu’une pétition pour son maintien a rassemblé plus de 1300000 personnes. Cette politique de déremboursement va également à l’encontre des préconisations de l’OMS qui depuis 2013 incite les nations membres à promouvoir une couverture sanitaire universelle qui intègre les médecines traditionnelles et complémentaires dans leurs systèmes de santé. Le recours des patients aux médecines complémentaires, y compris en soins de support en cancérologie, est pourtant une réalité que les autorités sanitaires ne peuvent ignorer.De plus en plus, les soins non conventionnels sont intégrés dans les pratiques des professionnels de santé. Par exemple, depuis plus de 20 ans, le service de chirurgie pédiatrique du CHU de Grenoble a recours à l’homéopathie en prévention ou en traitement complémentaire. Les médecines complémentaires ne s’opposent pas à la médecine conventionnelle, dont la prééminence n’est aucunement niée surtout s’agissant de maladies mettant en jeu le pronostic vital.Ce sont des approches qui viennent compléter la médecine conventionnelle et qui s’inscrivent dans une démarche intégrative, qui permet de prendre en compte à la fois la maladie et le patient. Nous, patients, trouvons dans les médecines complémentaires une médecine qui nous considère dans toute notre individualité, un espace où un partenariat avec le médecin est possible, où, en tant que patients, nous pouvons nous investir personnellement et devenir co-acteurs de notre santé et de nos traitements.Les médecines complémentaires ne se contentent pas de traiter les maladies, elles œuvrent également à leur prévention et à la promotion de la santé en particulier dans l’accompagnement des maladies chroniques, notamment des allergies.Les médecines complémentaires n’ont pas d’effet secondaire et n’ont pas d’effet délétère sur l’environnement. Elles permettent pour un résultat équivalent sur la santé de réduire de 50%la prescription de médicaments potentiellement dangereux et donc en particulier de réduire l’antibiorésistance et de diminuer la consommation d’anti-inflammatoires et de psychotropes. Elles sont indispensables chez les patients fragiles (enfants, femmes enceintes, personnes âgées). C’est précisément ce que propose la médecine anthroposophique qui est en France l’objet des plus vives critiques et dont la pratique est également mise en danger par le déremboursement de l’homéopathie(90% des traitements anthroposophiques sont homéopathiques).

Exclusivement pratiquée par des docteurs en médecine(ce qui permet d’éviter le retard diagnostique et le refus de soins), elle suscite pourtant tous les fantasmes et fait l’objet, avec les autres médecines complémentaires, d’une campagne de désinformation sans précédent.-La médecine anthroposophique n’est pas une secte:dans un jugement définitif du 20 avril 2018, le tribunal administratif de Paris a ordonné son retrait du guide «Santé et dérives sectaires»de la Miviludes.-La médecine anthroposophique n’est pas une médecine anti-vaccin:la Fédération Internationale des Associations de Médecine Anthroposophique classe, sans aucune ambiguïté,la vaccination parmi les mesures préventives indispensables à la bonne santé. -La médecine anthroposophique n’est pas une médecine alternative mais intégrative: elle s’appuie sur les données scientifiques tant diagnostiques que thérapeutiques de la médecine conventionnelle. Ces controverses, bien françaises,sont incompréhensibles dans le contexte européen.Chez nos voisins allemands et suisses, peu réputés pour leur ésotérisme, la médecine anthroposophique figure au rang des pratiques médicales reconnues officiellement, prises en charge par le système de santé et dont les médicaments bénéficient des autorisations de mise sur le marché nécessaires.En Suisse, la reconnaissance officielle de la médecine anthroposophique se fonde sur un rapport Health Technology Assessment évaluant notamment l’efficacité, la qualité, l’innocuité et le coût. Cette analyse scientifique rigoureuse dénombre 265 études cliniques concernant la médecine anthroposophique dans tous les domaines (pédiatrie, traitement de la douleur, traumatologie, allergologie, maladies chroniques, etc.). Les résultats sont positifs et l’évaluation des coûts très favorable. Le Viscum album est le traitement complémentaire le plus prescrit en Europe en soins de support en oncologie mais en France ce médicament anthroposophique est considéré avec méfiance voire tourné en ridicule. Pourtant une recherche sur PubMed montre 1839 références concernant le Viscum album. 154 études cliniques ont été publiées dans le monde entier dont une quarantaine d’études randomisées. Le Viscum albuma été critiqué par une systematic review publié en janvier 2019 mettant en cause son efficacité. Pourtant, 15 autres systematic reviews(publiées de 2003 à 2020)démontrent le contraire, étayent l’innocuité du produit, soulignent l’amélioration de la qualité de vie et la meilleure tolérance à la chimiothérapie chez les patients traités par Viscum album, ce qu’indiquait également la très célèbre Cochrane Review dans une publication de 2008 concernant la thérapeutique par le Viscum albumen oncologie.12.Alors, pourquoi de telles attaques à l’encontre des médecines complémentaires en général et de la médecine anthroposophique en particulier? La question doit être posée. Même si Madame la Ministre de la santé se veut rassurante, la vérité est la suivante: un nombre croissant de patients devront renoncer aux soins non conventionnels pour raisons financières. L’accès aux soins sera-t-il un privilège? Le droit de choisir son traitement, un luxe? Le principe du libre choix du patient en matière d’accès aux soins et le faible coût des médecines complémentaires pour la collectivité(le coût des médicaments homéopathiques représente environ 0,69% du budget de l’Assurance maladie),devraient au contraire inciter nos gouvernants à soutenir leur développement et leur reconnaissance. Rappelons enfin que « La Nation garantit à tous […] la protection de la santé» et que le principe républicain d’égalité implique le droit à l’accès aux soins pour tous.Dans un contexte de crise du service public de la santé et de désengagement de l’Assurance maladie,il est urgent de rappeler ce qui constitue les fondements de notre société. Les tentatives de désinformation et d’attaques à l’encontre des médecines complémentaires nous conduisent aujourd’hui à réaffirmer les principes suivants:

➢Nous, citoyens et patients, avons droit à une information claire et objective sur les médecines complémentaires, afin de procéder librement à nos choix thérapeutiques.

➢Nous, citoyens et patients, pauvres ou riches, avons droit à ce que l’accès aux médecines complémentaires nous soit garanti.

➢A l’instar de ses voisins européens, la France se doit de promouvoir les médecines complémentaires, d’évaluer leur efficacité et leur innocuité de manière adéquate et de permettre à tous d’en bénéficier.

➢Dans l’intérêt des patients, pour garantir des médecines complémentaires de qualité et pour répondre à la demande croissante de la population, la formation et a minimal’information de tous les médecins concernant les médecines complémentaires doivent être inclues dans le cadre réglementaire de l’enseignement universitaire.La reconnaissance officielle des médecines complémentaires dans les facultés et leur pratique dans les hôpitaux doivent être poursuivies.

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