Hommage à Robert Masson (06/10/1931 – 02/07/2019)

Mon ami Robert Masson vient de s’éteindre après une vie consacrée à l’enseignement de la naturopathie et à soulager les souffrances de ses patients et j’aimerais lui rendre hommage, lui qui m’a tant appris. A la fin de mes études de médecine, au milieu des années 80, j’ai renoncé à une carrière hospitalière et décidé de devenir médecin généraliste. Comme j’étais déjà sensibilisé aux médecines naturelles (et soigné depuis quelques années par un médecin homéopathe), j’ai ressenti le besoin de compléter ma formation pour mieux soigner mes futurs patients.   J’ai intégré un enseignement d’homéopathie, mais je ne trouvais pas ça suffisant, notamment sur le plan de la nutrition. J’ai, un peu par hasard, rencontré la responsable d’un grand magasin de diététique (à l’époque ils n’étaient pas aussi nombreux qu’aujourd’hui), Madame Parillaud qui m’a immédiatement conseillé la formation de Robert MASSON. C’est ainsi que je me suis inscrit en 1ère année des cours de naturopathie de Robert Masson.  Sur une quarantaine d’élèves, nous n’étions que 3 médecins, ce qui ne m’a pas vraiment surpris. Et pour tout dire, en 2è et dernière année, j’étais le seul à poursuivre. Je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre en faisant cette formation et 2 choses m’ont immédiatement frappées. D’abord, Robert ne rejetait pas du tout la médecine officielle et cherchait à créer des ponts entre l’allopathie et la naturopathie. Surtout, il avait des connaissances en physiologies bien meilleures que les miennes, alors que je sortais d’une des plus prestigieuses facultés de médecine de Paris et que lui était pratiquement autodidacte.  J’ai ainsi ré-appris avec Robert Masson tout le fonctionnement du tube digestif, mais avec une vision beaucoup plus globale et pour tout dire bien plus passionnante que celle de mes cours de gastro-entérologie. Il était aussi le premier à critiquer des théories « naturo » fumeuses et les excès des modes alimentaires comme le fructivorisme ou l’instinctothérapie. C’est évidemment dans ce domaine de la nutrition que j’ai découvert des choses essentielles qui me servent encore aujourd’hui dans mon quotidien de médecin.  En faculté de médecine l’enseignement de diététique était réduit à sa plus simple expression. On nous avait tout appris du métabolisme de la vitamine E, mais quant à expliquer à un patient comment bien manger, je n’en avais à peu près aucune idée si ce n’est les règles de bon sens que ma mère m’avait inculquées ! Robert était un enseignant passionnant, car passionné. Il entrait presque en transe quand il parlait en public avec ses yeux mi-clos lui permettant d’accéder à toutes ses connaissances et nous les transmettre avec moult exemples cliniques. Car il était aussi et avant tout un grand naturopathe, dont le cabinet de soins ne désemplissait pas. A la fin des années 1980, sa réputation était nationale, ce qui lui avait permis d’obtenir un poste d’enseignant à la faculté de médecine de Bobigny, dans le cadre de l’enseignement de la naturopathie. Et en 1990 Robert Masson reçoit le Prix International de l’Académie Diplomatique de la Paix au Mérite des Médecines Naturelles, qui salue la qualité de ses travaux et de son enseignement. J’ai ainsi découvert avec Robert ce qu’il avait appelé l’eutynotrophie ou l’art de bien manger pour une bonne croissance et une bonne santé. C’est aussi le titre d’un de ces livres les plus célèbres (car il en a écrit de nombreux !) Seuls l’âge et la fatigue ont interrompu plus de 60 ans de recherches et d’écriture. Il a publié des dizaines de livres dont le dernier en 2018, moins d’un an avant son décès.  Lire un livre de Robert Masson n’est jamais une perte de temps. On y apprend toujours quelque chose sur l’alimentation, mais aussi le fonctionnement du corps humain et les meilleures façons naturelles de se soigner. Car l’enseignement de Robert Masson ne s’arrêtait pas à l’alimentation. C’est lui qui m’a initié à la phytothérapie et à l’aromathérapie. Sans être un grand homéopathe, il maitrisait bien cette thérapeutique. Et il connaissait parfaitement les compléments alimentaires qui sont le sujet de son dernier livre. Comme tous les grands naturopathes sa vision était globale, naturelle et « hygiéniste » dans la plus belle définition de ce terme : apprendre à mieux vivre en symbiose avec la nature et avant tout appliquer le principe du « primum non nocere ». Nous sommes devenus proches très rapidement et à la fin des 2 ans de formation il m’a proposé d’enseigner à ses côtés. En tant que médecin, je donnais à ses élèves des cours d’anatomie et de physiologie puis des bases de diététique pour qu’ils aient tous un bon niveau scientifique et puissent mieux profiter des cours du Maitre. Cette collaboration a duré une bonne dizaine d’années et a été l’occasion d’échanges passionnants et passionnés entre nous. Puis je suis parti m’installer dans le Sud-Ouest et le hasard (qui n’existe pas) a fait que lui aussi est venu poser ses valises dans cette belle région. Nous avons donc pu continuer à nous voir et à partager notre passion du métier de soignant et échanger sur tous les progrès de la science et de la médecine dans tous ses aspects, du plus chimique au plus naturel. Mon Cher Robert, tu vas manquer à tes enfants et à tes amis comme tu me manques déjà. Mais ton héritage est universel et immatériel et nous survivra à tous ! Tu as marqué ton temps et notre métier de soignant. Je souhaite que ton savoir et ton enseignement se perpétuent, car au-delà des progrès de la science, ils restent toujours d’actualité, toujours essentiels pour vivre mieux en bonne santé. Repose en Paix, tu l’as bien mérité Dr Eric Ménat

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